ARAG Avril 2003

Editorial

Les pollueurs à la caisse !

Dans le projet du Rectangle d’Or ses effets sur l’environnement sont l’objet d’un étrange silence.

Promoteurs, personnages

politiques, ne nous parlent que des richesses que ce Rectangle va créer. En ce qui concerne

l’évaluation de son impact sur l’environnement, sur les nuisances : silence radio.

Or, c’est une évidence : le Rectangle d’Or va augmenter la pollution.

Il faut en effet tenir compte :

du trafic aéroportuaire, du trafic routier induit par des activités concentrées sur l’extrémité sud ouest de l’aéroport, du niveau de pollution existant (les niveaux en NO2 sont déjà très élevés).

Cet aspect doit être pris en compte en appliquant la directive cantonale qui exige la réalisation, au stade supérieur de la planification, d’une évaluation stratégique de l’impact sur l’environnement selon les principes du développement durable.

Il serait bon que Messieurs Moutinot et Lamprecht lors de leurs actions de promotion du Rectangle d'Or gardent ces préoccupations présentes à l’esprit.

 
Rectangle d’Or ou miroir aux alouettes ?

Rectangle d’Or ! Quel nom présomptueux qui n’est pas sans rappeler celui d’Unique Airport choisi pour l’aéroport de Zürich-Kloten. Ce n’est pas de l’or que nous apportera ce rectangle mais des nuisances et des ennuis.

La première règle pour un promoteur est l’évaluation de la qualité du site à valoriser. Sur plans, la proximité de l’aéroport peut à priori sembler intéressante. Si l’on examine attentivement, le site et la qualité des terrains situés entre l’aéroport et le Jura que remarquons nous ?

Voilà plus de 50 ans que l’aéroport de Genève-Cointrin s’est construit et ce n’est pas par hasard si aucun développement économique ne s’est réalisé au nord-ouest de l’aéroport sur territoire suisse. Nous pouvons relever quatre obstacles majeurs à la réalisation de ce projet.

Examinons tout d’abord la qualité physique et géobiologique du lieu. La zone où l’on prévoit le développement du Rectangle d’or est située sur des terrains relativement plats et marécageux. Ces terrains parsemés de creux sans écoulement naturel sont situés entre quatre sources. Le nant d’Avanchet entiérement canalisé qui prend sa source dans les marais de Mategnin pour se jeter dans le Rhône à Vernier, le Gobé et le Vengeron qui prennent leurs sources à l’est de Mategnin et dans les bois de Ferney et le nant d’Avril qui prend sa source à l’ouest de Mategnin et se jette dans le Rhône à Peney. L’écoulement des eaux claires et usées sera difficile et coûteux de même que l’approvisionnment en eau. D’autre part, les terrains sont situés sur un écoulement d’eau souterrain, le sillon de Montfleury, allant de Versoix à Cartigny. C’est le dernier endroit où l’on construirait. Les premières occupations des terrains par l’homme ont lieu d’abord sur les crêtes, ensuite sur l’adret, ou coteau sud des collines, ensuite sur l’ubac orienté au nord et en tout dernier lieu dans les marais.

Le deuxème obstacle majeur est la barrière physique constituée par l’aéroport implanté entre la ville de Genève et les terrains à valoriser.. Lors de la construction de l’aéroport cinq chemins de desserte entre Coinrin-Grand-Saconnex et Ferney-Meyrin ont disparu. Le tunnel de Ferney reste la seule laison routière entre ces deux côtés de l’aéroport. Il serait équitable, si le projet se réalise, que l’aéroport rétablisse, à ses frais, les laisons routières supprimées à son profit et imposant de longs détours aux habitants.

Cette situation est semblable à celle que l’on peut observer derrière la gare de Cornavin. A l’arrière de la gare, construite dans les années 30. Il subsiste toujours un terrain vague et résiduel alors que de l’autre côté, les terrains très recherchés sont en proie à la spéculation.

Le troisième obstacle, est la proximité des radars de contrôle de l’aéroport. La zone concernée sera soumise à de fortes perturbations électromagnétiques dont les effets sur la santé sont mal connus alors que les effets sur les transmissions sont certains puisque l’agence Reuters a refusé de s’y installer justement à cause de ces perturbations électromagnétiques.

Le quatrième obstacle est constitué par la frontière Franco-Suisse avec ses files d’attente aux deux douanes, ses tracasseries administratives et les conditions fiscales françaises très défavorables par rapport à celles de la Suisse.

Il convient également de rappeler que l’Etat de Genève prévoit encore de déclasser des terrains pour édifier des logements dans les zones de bruit. Il est absolument inadmissible de procéder à ces déclassements et parallèlement de promouvoir un développement du trafic engendré par le Rectangle d’Or.

Qui va tirer les marrons du feu ? C’est tout simplement l’aéroport, le casino de Divonne, quelques bureaux d’études, des promoteurs et des financiers.

Qui paiera les pots cassés ? Ce sera comme d’habitude les riverains subissant de nouvelles nuisances, les contribuables suisses et français, l’environnement et surtout nos voisins français à qui l’on fait miroiter un accès illusoire à notre prospérité.

Le projet du Rectangle d’Or est en fait un outil de développement de l’aéroport présenté assez habilement comme un projet transfrontalier bénéfique tant pour le Pays de Gex que pour le canton de Genève.

Il conviendra de rester d’une vigilance extrême face à un projet mégalo dommageable pour les finances publiques, l’environnement et la qualité de la vie.