Ferney-Voltaire le 27 avril 2004
 
Réponse d'un élu de base au préfet de l'Ain


 
Bien qu'élu à Ferney-Voltaire et président de l'Association de Défense des Bois de Ferney-Voltaire, je n'ai pas eu l'honneur d'être destinataire du courrier envoyé par le préfet de l'Ain à certains élus et à la presse. En ayant pris connaissance par une autre voie, je tiens à y apporter immédiatement quelques réponses, sans préjudice des arguments plus circonstanciés que le collectif des trois associations ferneysiennes pourrait développer par la suite.
 
D'abord, le décret auquel se réfère le préfet pour justifier l'abattage de milliers d'arbres, dont certains plus que centenaires, date de 1968 et n'a jamais été appliqué depuis lors. L'urgence et la disproportion de cette soudaine application sont donc éminemment contestables. Quant aux calculs effectués en 2001 par les autorités suisses, elles relevaient certes un dépassement des mesures de risque pouvant en effet justifier quelques élagages, mais en aucun cas des abattages massifs.
 
"Nous avions l'obligation de garantir au maximum la sécurité aérienne", écrit le préfet. Il omet de préciser que, dans la convention franco-suisse de 1956, c'est effectivement la législation française qui doit s'appliquer mais "sans pouvoir toutefois aller au-delà (..) des dispositions appliquées elles-mêmes en territoire suisse". Or, plus de 94% des 664 obstacles officiellement recensés autour de l'aéroport de Genève-Cointrin se trouvent en Suisse. Il n'ont à ce jour fait l'objet d'aucune mesure de suppression ou d'abattage. En ordonnant l'abattage de plusieurs milliers d'arbres en territoire français, le préfet a donc contrevenu à la convention de 1956.
 
Dès lors, ce chantier est manifestement disproportionné. Il est également incontrôlé dans la mesure où ont pu être photographiées, abattues et jetés à terre, des tiges marquées d'un cercle bleu par l'ONF, marque spécifiant le maintien de telles tiges.
 
Quant à la concertation avec les associations, parlons-en. Je demande officiellement au préfet de produire les réponses écrites aux multiples courriers que lui ont adressées les associations concernées. Nous lui en enverrons volontiers copie, s'ils ont été égarés. A la décharge du préfet, précisons que les ministres interpellés se sont tenus au même mutisme. D'autre part, nos associations n'ont eu accès à certaines pièces réclamées que par l'intermédiaire de la Commission d'Accès aux Documents Administratifs. Quant au document le plus accablant pour le préfet (étude Skyguide), les associations n'en ont eu connaissance que dans le mémoire en réponse du préfet au tribunal, en date du 16 janvier 2004.
 
Le préfet affirme aussi qu'il n'existe "pas de projet caché". Pourquoi donc, s'il en est ainsi, son projet ne prévoit-il pas, dès la fin des travaux, la suppression de la voie de débardage et sa replantation intégrale. Pour mémoire, le préfet s'est au contraire engagé à remettre finalement à la commune de Ferney les terrains actuellement soumis à abattage, ainsi que ladite piste. Pour preuve cette phrase dans une lettre adressée au maire, le 8.9.2003: "le tracé de la piste forestière à réaliser pour les besoins du chantier est compatible avec votre futur projet"?
 
Le préfet dit avoir officiellement demandé, le 30.10.2003, "la fermeture de la piste B". Selon nos renseignements, il s'est contenté de demander la suppression des vols d'écolage et le respect des trajectoires, ce qui équivaut au contraire à la reconnaissance implicite de cette piste pour ses autres activités. Et il n'a pas attendu une réponse positive à sa requête avant d'ordonner les abattages. De plus, le directeur de l'Aéroport de Genève, Jean-Pierre Jobin, a déclaré lors d'une séance d'instruction du Département fédéral (ministère suisse) de l'Environnement, des Transports, de l'Energie et de la Communication: "Il est envisagé de revêtir la piste en herbe de béton". Si le préfet l'ignorait, ce ne sera désormais plus le cas.
 
 
Il faut que "la Loi reste à la Loi", écrit le préfet. Rappelons qu'un décret, pas plus qu'un arrêté, ne sont des lois, mais seulement des actes administratifs. Et, en matière de loi, rappelons que la France a ratifié en 2002 des conventions européennes qui, en matière d'environnement, s'imposent à la loi française.
 
Alors que le jugement du Tribunal administratif de Lyon doit intervenir, sur le fond, dans quelques semaines, le préfet refuse d'envisager la suspension des travaux jusqu'à cette date. Il ne dit pas, en revanche, comment il entend réparer l'énorme préjudice environnemental et patrimonial, ainsi que l'aggravation des nuisances sonores imposées pour de nombreuses années aux Ferneysiens, si le Tribunal annule son arrêté.
 
Alex Décotte, conseiller municipal à Ferney-Voltaire et président de l'Association de Défense des Bois de Ferney-Voltaire
 
Alex Décotte

11 chemin des Vergers
01210 Ferney-Voltaire
Tél:0450406085 / Fax:0450405786
E-Mail: decotte@wanadoo.fr ou decotte@iprolink.ch